le panjuggling
Paris, début 2009. Je ne sais pas exactement quand le mot est entré dans mon vocabulaire, mais une chose est sûre : une fois qu’on l’a entendu, impossible de l’ignorer. Panjuggling. Un mot un peu barbare, un peu drôle, qui décrit pourtant très bien une réalité très concrète. Jongler avec tout. Tout le temps.
Le panjuggling, c’est cette impression de porter mille casquettes sans jamais vraiment les poser. Le travail, bien sûr, avec ses mails qui arrivent trop tôt le matin et trop tard le soir. Les amis qu’on veut voir, mais pas assez souvent. La famille qu’on appelle en se disant qu’on aurait dû le faire avant. Et puis soi, quelque part au milieu, qu’on repousse parfois à plus tard.
À Paris, cette gymnastique permanente semble presque normale. On court, on planifie, on improvise. On passe d’un café pro à un dîner perso sans transition, ordinateur dans le sac et téléphone toujours à portée de main. En 2009, on parle encore peu d’équilibre, mais beaucoup d’efficacité. Être partout, tout gérer, sans jamais donner l’impression de faiblir.
Le panjuggling, c’est aussi mental. Penser à ce qu’on doit faire pendant qu’on fait autre chose. Répondre à un message en écoutant à moitié une conversation. Avoir toujours une liste dans la tête, même en marchant le long du canal ou en attendant le métro. Le repos devient une activité à planifier, presque une option.
Je m’en rends compte surtout le soir, quand tout se calme enfin. Quand le silence revient, que l’appartement est rangé, et que je réalise que j’ai passé la journée à jongler sans vraiment respirer. Ce n’est pas forcément désagréable, parfois même stimulant. Il y a une certaine fierté à tout faire tenir. Mais il y a aussi cette fatigue sourde, discrète, qui s’installe sans prévenir.
Ce qui est étrange, c’est que le panjuggling est souvent valorisé. On admire celles et ceux qui “gèrent tout”, qui ne lâchent rien, qui avancent vite. On en parle comme d’une compétence. Pourtant, derrière, il y a souvent des pauses écourtées, des envies mises de côté, des moments qu’on traverse sans vraiment les vivre.
Alors j’essaie, doucement, d’apprendre à faire tomber une balle de temps en temps. De dire non. De ne pas répondre tout de suite. De garder un moment pour ne rien faire, sans justification. Ce n’est pas naturel, surtout à Paris, surtout en 2009. Mais c’est nécessaire.
Le panjuggling fait partie de l’époque, sans doute. Il reflète notre manière de vivre, pressée, connectée, exigeante. Mais j’aime croire qu’on peut choisir comment on jongle. Et parfois, poser les balles, juste un instant, ça change tout.
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