We Love Make Up

À Paris, le maquillage n’est pas qu’une affaire de poudre et de pinceaux. C’est un petit rituel intime, presque une déclaration d’humeur. Le matin, dans ma salle de bain minuscule qui donne sur une cour grise du 11e, je choisis mon rouge à lèvres comme on choisit sa playlist pour la journée. Nude pour les jours sages, rouge franc quand j’ai envie de mordre la ville à pleines dents.

Depuis quelques mois, j’ai l’impression que le make up vit un vrai moment d’euphorie. Entre les nouveaux rouges Chanel qui font tourner toutes les têtes, les palettes smoky ultra-noires vues sur les défilés, et les tutos qui fleurissent sur YouTube (oui, je suis tombée dedans…), on ose davantage. On teste. On rate parfois. Et on recommence, devant le miroir, avec ce sourire un peu coupable de celles qui savent qu’elles jouent.

J’ai longtemps cru que le maquillage était une armure. Un truc pour se protéger du regard des autres, pour se fondre dans un décor parisien parfois un peu rude. Aujourd’hui, je le vois plutôt comme un jeu. Un terrain d’expérimentation. Un jour je suis « fille sage » avec un teint nude et un trait d’eye-liner fin, le lendemain je me permets une bouche framboise, presque insolente, pour un dîner improvisé à Saint-Germain. Le maquillage ne me cache pas, il raconte des fragments de moi.

Et puis il y a ces petites habitudes de Parisienne que je revendique. Le mascara posé à la va-vite dans le métro (oui, c’est mal, je sais), le blush discret avant un café en terrasse, le rouge à lèvres retouché en vitrine comme si je regardais simplement une robe. Le make up s’invite partout, dans les pauses volées, dans les reflets des vitrines, dans les toilettes exiguës des bars où l’on se refait une beauté avant de rejoindre ses amies.

Ce que j’aime surtout, c’est cette complicité silencieuse entre filles. Les regards qui se croisent quand on repère un beau smoky, les « tu portes quoi comme rouge ? » chuchotés dans un open space, les conseils échangés comme des secrets. Le maquillage crée du lien, mine de rien. Il fait naître des micro-confidences entre inconnues, dans un bus, à une soirée, dans une file d’attente.

Alors oui, we love make up. Pas pour ressembler à une autre, pas pour masquer qui l’on est, mais pour jouer avec nos humeurs, nos envies, nos contradictions. En 2010, à Paris, on veut du noir sur les yeux, du rouge sur les lèvres, et surtout un peu d’audace sur le visage. Le maquillage passe au démaquillant le soir, mais l’envie de s’inventer, elle, reste bien ancrée.

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