Qui a gagné ?
Qui a gagné ?
Paris, 2009. La question revient souvent, parfois sérieusement, parfois sur le ton de la plaisanterie : qui a gagné ? On la pose après une discussion animée, un débat politique improvisé, une soirée entre amis où chacun refait le monde à sa façon. Comme s’il devait forcément y avoir un vainqueur, un score final, un résumé clair.
Je l’entends au café, à la table d’à côté. Deux garçons parlent chiffres, carrière, opportunités. L’un a changé de boîte, l’autre hésite encore. La phrase tombe, presque machinalement : “Bon, au final, qui a gagné ?” Je souris toute seule. Gagné quoi, exactement ? Plus d’argent, plus de temps, plus de liberté ? Et surtout, gagné par rapport à qui ?
En 2009, cette question a une résonance particulière. L’euphorie s’est un peu dissipée, les certitudes aussi. On compare moins par pur orgueil que par besoin de se rassurer. On regarde autour de soi pour vérifier qu’on est encore dans la course, qu’on n’a pas raté un virage important sans s’en rendre compte.
Ça se joue aussi dans les détails du quotidien. Qui a gagné entre celle qui a acheté et celle qui loue encore. Entre celle qui s’est posée et celle qui continue à sortir tous les soirs. Entre celle qui a choisi la stabilité et celle qui empile les projets. À Paris, tout le monde observe tout le monde, même quand on prétend s’en moquer.
Le problème, c’est que la réponse change selon le moment où l’on pose la question. Celui qui “gagnait” à vingt-cinq ans paraît parfois un peu perdu à trente. Celle qu’on enviait pour sa liberté finit par envier une forme de tranquillité. Le gain n’est jamais fixe, jamais définitif. Il se déplace, discrètement.
Je me surprends parfois à me poser la question à moi-même. Ai-je fait les bons choix ? Ai-je gagné du temps, de la sérénité, des expériences ? Ou ai-je simplement évité certaines défaites ? Parce qu’on en parle moins, mais parfois, gagner, c’est juste ne pas avoir trop perdu.
Ce que j’aime avec l’âge qui avance doucement, c’est cette méfiance grandissante envers les classements. Les vies ne se comparent pas si facilement. Elles avancent à des rythmes différents, avec des priorités mouvantes. En 2009, je commence à comprendre que la vraie victoire est peut-être là : ne plus avoir besoin de poser la question.
Alors quand quelqu’un demande qui a gagné ?, j’ai envie de répondre autre chose. Peut-être que personne n’a gagné. Ou peut-être que tout le monde a gagné quelque chose, même si ça ne se voit pas tout de suite. Et au fond, ça me va très bien comme ça.
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