It Bags
Février 2009. Paris est encore engourdie par l’hiver, mais les vitrines commencent déjà à murmurer le printemps. Entre deux giboulées et des trottoirs encore humides, un sujet revient partout, presque obsessionnel : les it-bags. Impossible d’y échapper. Dans les magazines, dans le métro, aux bras des filles pressées du matin. Le sac est devenu bien plus qu’un accessoire, c’est une déclaration.
Je les observe beaucoup, ces sacs “qu’il faut avoir”. Certains sont reconnaissables à dix mètres, d’autres se veulent faussement discrets, mais tous racontent quelque chose. En février 2009, après une année un peu rude, on sent que le rapport à la mode a changé. On ne cherche plus l’accumulation, mais la pièce forte, celle qui justifie à elle seule un look un peu simple. Jean, manteau sombre, écharpe négligée… et le sac.
Il y a celles qui économisent pendant des mois, presque en secret. Elles en parlent peu, regardent beaucoup, comparent les cuirs, les tailles, les couleurs. Le jour où elles l’achètent, c’est un événement. Le sac est posé sur la table du café, manipulé avec une attention presque cérémonieuse. On dit “il va avec tout”, comme pour se rassurer, comme pour rendre l’achat raisonnable.
Et puis il y a les autres, celles qui prétendent ne pas s’y intéresser. “Les it-bags, très peu pour moi”, disent-elles, tout en connaissant parfaitement les modèles, les saisons, les listes d’attente. Même le rejet fait partie du jeu. À Paris, on aime autant désirer que faire semblant de ne pas désirer.
Ce qui me frappe, c’est la charge symbolique qu’on confie à ces sacs. Ils doivent tout contenir : notre vie, bien sûr, mais aussi une idée de réussite, de goût, parfois même de stabilité. En 2009, alors que tout semble un peu fragile, l’it-bag rassure. Il est tangible, durable, presque sérieux. On l’achète en se disant qu’il traversera les saisons, qu’il ne sera pas une erreur.
Dans le métro, je regarde ces sacs posés sur les genoux, serrés contre soi. Certains ont déjà vécu, d’autres sont encore rigides, presque intimidants. Ils accompagnent des vies très différentes, mais finissent par se ressembler. Peut-être est-ce ça, le paradoxe de l’it-bag : vouloir se distinguer tout en appartenant à un même moment.
Personnellement, je reste partagée. J’aime les regarder, les désirer parfois, mais je garde une distance prudente. Février 2009 m’a appris que la mode peut être une promesse, mais qu’elle ne remplit pas tout. Pourtant, je dois l’avouer : quand je croise un sac parfait, porté avec naturel, je comprends très bien pourquoi il est devenu it.
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