Le cinéma, refuge d’hiver – janvier 2008

Janvier à Paris a toujours ce goût un peu mélancolique. Les fêtes sont loin, les vitrines ont perdu leurs paillettes, et le froid s’installe sans demander la permission. Alors, comme chaque hiver, je me réfugie au cinéma. Pas celui des multiplexes impersonnels, mais les petites salles sombres où l’on s’enfonce dans un fauteuil trop étroit, manteau encore sur les épaules, en attendant que la lumière s’éteigne.
Le cinéma, pour moi, c’est un rituel presque intime. J’aime acheter mon billet au dernier moment, hésiter entre deux films, lire distraitement les affiches jaunies dans le hall. En janvier 2008, il y a cette impression étrange que tout recommence, comme une page blanche, et les films prennent une saveur particulière. On y projette ses résolutions, ses doutes, ses envies de changement.
Cette semaine, je suis allée voir un film un peu par hasard, un de ceux dont on parle peu mais qui restent longtemps. Salle à moitié vide, quelques couples, un monsieur seul au premier rang, et moi au milieu, bien calée. Dès les premières minutes, Paris a disparu. Plus de métro bondé, plus de pluie glaciale sur les quais. Juste des images, des silences, des visages que l’on apprend à aimer en une heure et demie.
Ce que j’aime au cinéma, c’est cette parenthèse hors du temps. On entre chargée de soi-même, et on ressort un peu différente, parfois sans savoir pourquoi. Il m’arrive souvent de rester assise pendant le générique, à regarder les noms défiler, comme pour prolonger le moment. Autour de moi, les gens se lèvent déjà, pressés de rentrer, mais moi j’ai besoin de quelques secondes de plus pour revenir à la réalité.
En sortant, l’air froid me saisit toujours un peu trop fort. Paris est là, intacte, bruyante, indifférente. Mais quelque chose a changé à l’intérieur. Je marche plus lentement, je repense à une réplique, à une scène, à une musique. Parfois, je m’arrête dans un café pour écrire quelques lignes, comme si le film avait ouvert une porte qu’il ne fallait pas refermer trop vite.
Janvier 2008 me semble parfait pour ça. Pas encore l’énergie du printemps, pas totalement l’abandon de l’hiver. Juste ce moment suspendu où l’on se permet d’être spectatrice, de la vie comme du cinéma. Et au fond, c’est peut-être pour ça que j’y retourne si souvent : parce que dans une salle obscure, au milieu d’inconnus, je me sens moins seule. Et parce que, pendant deux heures, je peux rêver sans culpabilité, à l’abri du froid, de la ville, et du temps qui passe.
Cet article pourrait vous intéresser : Shopping New Look






































































